Arnaques à Marrakech : tout ce qu’il faut savoir pour ne pas se faire avoir

Marrakech est une destination qui fascine autant qu’elle intimide. La médina, les souks, la place Jemaa el-Fna, les riads cachés derrière des portes discrètes — tout cela forme un tableau séduisant. Et l’accueil marocain est réel : les Marocains ont une réputation d’hospitalité qui n’est pas usurpée.

Mais Marrakech, c’est aussi une ville où le voyageur non préparé peut facilement payer deux, trois, dix fois le prix normal d’une course de taxi ou d’une paire de babouches. Pas parce que les habitants sont malveillants mais parce qu’il existe un jeu bien rodé entre visiteurs et locaux, et que les règles de ce jeu ne sont écrites nulle part.

J’y suis allé en ayant déjà organisé un voyage client sur place, un voyage de noces de deux semaines, de Casablanca aux dunes de Merzouga, que vous pouvez retrouver dans mes réalisations. Je connaissais donc la géographie, les quartiers, les endroits à éviter. Et pourtant, certaines situations m’ont quand même surpris. Voici ce que j’ai pu noter et retenir pour vous. 


Le taxi : commencer le voyage du bon pied

C’est souvent la première interaction avec Marrakech, et c’est aussi la première occasion de payer trop cher. La règle est simple : toujours négocier le prix avant de monter, ou demander explicitement que le compteur soit enclenché. Un chauffeur qui refuse de le mettre vous propose un tarif qu’il fixe lui-même c’est à vous de le cadrer avant de vous asseoir.

Le taxi marrakchi est incontournable — et potentiellement la première arnaque du séjour si on monte sans avoir négocié le prix ou demandé le compteur.

Pour avoir quelques repères, une course courte dans la médina tourne autour de 10 à 15 dirhams, une course plus longue entre 30 et 40 dirhams selon la destination. La nuit, comptez une majoration d’environ 50%. À l’aéroport en revanche, ne vous faites pas d’illusions, la négociation est très difficile et il faudra compter environ 10 à 15 euros pour rejoindre le centre.

En cas de litige manifeste, une chose fonctionne bien : indiquer que vous allez appeler la police et noter le numéro du taxi inscrit sur la portière. Le ton change assez vite. Sur les VTC en revanche — InDrive, Heetch, Yassir — évitez-les systématiquement. Ces services opèrent dans une zone grise légale au Maroc et en cas de contrôle de police, le passager peut être impliqué au même titre que le conducteur.


Les faux guides et l’art d’ignorer

Deuxième classique, et pourtant il fonctionne encore très bien. Une personne vous aborde dans la médina, semble sympathique, propose de vous accompagner à votre riad ou vers un endroit précis. Elle marche avec vous, engage la conversation et au moment de vous quitter, réclame de l’argent pour le service rendu. La parade est simple : refuser systématiquement toute aide non sollicitée. Un « non merci » ferme et sans hostilité suffit dans la grande majorité des cas, et si ça ne suffit pas, ignorer reste la meilleure option. Surtout, ne vous énervez jamais. Le dialogue calme règle les situations, l’énervement ne fait qu’en créer de nouvelles.

Ce qui aide vraiment, c’est de ne jamais avoir l’air perdu. Planifiez vos déplacements à l’avance, ayez votre itinéraire en tête avant de sortir du riad. Un voyageur qui marche avec assurance est beaucoup moins ciblé qu’un touriste qui consulte frénétiquement son téléphone au milieu d’une ruelle.


La place Jemaa el-Fna : belle à voir, difficile à vivre

Elle est présentée partout comme l’incontournable absolu de Marrakech. Je vais être honnête : je l’ai évitée autant que possible. La concentration de sollicitations au mètre carré y est particulièrement élevée, et rares sont les interactions qui n’ont pas de contrepartie financière attendue.

Spectaculaire vue d’en haut, beaucoup plus agressive au niveau du sol. La place Jemaa el-Fna se vit mieux en observateur qu’en participant.

Si vous y passez malgré tout, quelques réflexes s’imposent. Ne filmez jamais et ne photographiez jamais les gens sans accord explicite. Dresseurs de serpents, charmeurs de singes, femmes proposant du henné peuvent réclamer de l’argent à la seconde où votre téléphone sort de votre poche. Gardez vos mains dans les poches aussi : le henné proposé à l’improviste « juste pour voir » est rarement gratuit, et 50 dirhams est déjà un maximum raisonnable.

Concernant les animaux, gardez vos distances car au-delà de la question éthique, s’en approcher déclenche automatiquement une demande d’argent. Et si vous achetez un jus d’orange aux vendeurs emblématiques de la place, demandez toujours que les fruits soient pressés devant vous. Un jus préparé à l’avance et coupé à l’eau peut rapidement se transformer en mauvais souvenir gastrique.

Enfin, si des vendeurs vous proposent de petites tortues de terre dans les souks, passez votre chemin. Leur importation en France est formellement interdite.


Les souks : négocier est une obligation, pas une option

Dans les souks de Marrakech, le prix affiché n’est pas le prix réel. C’est une réalité culturelle, pas une arnaque à proprement parler mais ne pas le savoir revient à payer systématiquement trop cher. La négociation obéit à quelques règles non écrites qu’il vaut mieux connaître avant d’entrer dans le premier souk venu.

Les épices sont l’une des tentations majeures des souks. Méfiez-vous particulièrement du safran : vendu à moins de 7€ les 100g, c’est très probablement du faux.

Ne montrez jamais trop d’intérêt pour un objet, l’enthousiasme fait grimper les prix. Évitez les signes extérieurs de richesse, les bijoux voyants, les vêtements de marque ou les grosses liasses de billets ne jouent pas en votre faveur. Ne donnez jamais votre prix en premier, laissez le vendeur annoncer le sien puis descendez progressivement. En général, on ne paie pas plus de 55%-65% du prix annoncé, parfois bien moins. Et si le prix ne convient pas, partez en remerciant le vendeur pour son hospitalité, c’est souvent à ce moment précis que le vrai prix apparaît.

Ce qui change tout, c’est de ne jamais acheter le premier jour. Sans repères sur les prix réels, vous payez inévitablement trop cher. Observez, comparez plusieurs boutiques, revenez. Une astuce utile : si vous soupçonnez qu’un objet est une contrefaçon, insinuez-le. Piqué au vif, le vendeur explique souvent en détail l’origine et les caractéristiques du produit — ce qui vous aide à évaluer la qualité réelle.

Une vraie théière marocaine est lourde, fabriquée à Fès en maillechort. Une babouche authentique est cousue main en cuir souple. Un bijou en argent massif porte un poinçon et résiste au test de l’acide. Sur les épices, méfiez-vous particulièrement : le safran vendu à 3-4 euros les 100g est du faux, le vrai se situe autour de 7-11 euros. La différence de prix est un indicateur à lui seul.

Il y a aussi un classique discret que j’ai vécu plusieurs fois : des vendeurs faisaient mine de ne pas avoir 5 ou 10 dirhams à rendre. Ce n’est pas un oubli mais bien une technique pour gonfler discrètement le prix de quelques pièces en jouant sur le « c’est pas grand chose pour un touriste ». Gardez toujours de la petite monnaie à portée de main, et réclamez systématiquement votre rendu.

Pour vous donner des repères concrets après négociation : des babouches en cuir se négocient entre 80 et 150 dirhams, une théière traditionnelle en maillechort entre 150 et 300 dirhams, un petit plateau en métal gravé entre 100 et 200 dirhams. Pour les bijoux, distinguez bien l’argent plaqué, autour de 80 à 150 dirhams, de l’argent massif avec poinçon qui part à partir de 300 à 400 dirhams la petite pièce.

Bien sûr, les prix indiqués reflètent ce que vous pouvez vous attendre à payer dans une transaction juste, même si la négociation est pratique courante au Maroc, ce n’est pas pour autant qu’il faut aller chercher le prix de revient de l’article, il faut bien que le vendeur puisse nourrir sa famille. 


Les excursions : lire ce que vous achetez vraiment

Marrakech est une excellente base pour des excursions — Essaouira, les cascades d’Ouzoud, l’Atlas. Les plateformes comme GetYourGuide ou Tripadvisor proposent des dizaines d’options à des prix attractifs, mais il faut savoir lire ce que vous achetez réellement, car la plupart de ces excursions ne comprennent que le transport. Tout ce qui se passe sur place (guide, repas, entrées) est en supplément, souvent indiqué dans les petits caractères que les titres accrocheurs masquent habilement.

Les cascades d’Ouzoud sont l’une des excursions les plus populaires depuis Marrakech. Vérifiez toujours ce que comprend réellement votre prestation avant de réserver car souvent, seul le transport est inclus.

Le modèle économique de ces agences repose largement sur des commissions négociées avec des prestataires locaux : restaurants, coopératives d’argan, boutiques d’artisanat. Votre car s’arrêtera dans ces établissements, et les prix pratiqués y sont souvent alignés sur des tarifs européens. La bonne nouvelle : vous n’êtes jamais obligés d’y manger ni d’y acheter quoi que ce soit.

Sur les guides en revanche, une précaution s’impose : au Maroc, un guide touristique officiel est titulaire d’un badge délivré par l’Office National Marocain du Tourisme, un annuaire est d’ailleurs consultable en ligne sur data.gov.ma. Demandez toujours à voir cette accréditation avant de vous lancer dans une visite payante. Si quelqu’un se présente comme guide sans pouvoir le justifier, vous n’avez aucune obligation de le payer.

Les coopératives d’argan proposées lors des excursions ont souvent un prix d’entrée caché : les produits y sont vendus bien au-dessus du coût réel, et ce que vous voyez fabriquer n’est pas forcément ce que vous achetez.

Enfin, un détail qui m’a frappé lors d’une excursion : l’organisateur m’a demandé de laisser un avis 5 étoiles avant même la fin de la prestation. Cela explique en partie pourquoi certaines activités cumulent des dizaines d’avis sans commentaires avec des notes parfaites. Évidemment vous n’êtes pas obligés de le faire, prétextez manquer de batterie si votre guide se montre insistant. Prenez les moyennes avec du recul et lisez les retours détaillés plutôt que la note affichée.

Enfin, si un organisateur vous demande de signer un document de sortie de Marrakech, comme c’était mon cas, rassurez vous, c’est normal, il s’agit souvent d’un document servant de preuve en cas de contrôle de police. En effet, ces transporteurs touristiques, tout comme les taxis sortant de la ville, doivent justifier qu’ils ont reçu un ordre de notre part pour rester dans la légalité. 


Où loger et où manger sans se faire avoir

Pour l’hébergement, je recommande de chercher dans le quartier situé entre Bab Doukkala et Bab Laksour, bien placé, relativement calme, avec un bon accès à la médina sans être au cœur du chaos touristique. J’ai séjourné au Riad Shanima & Spa : emplacement calme, petits déjeuners excellents, service impeccable. Une adresse que je recommande sans hésiter. J’ai également testé le Riad Al-Famila Hammam & Spa, celui-ci propose des prestations de soins intéressantes, mais son emplacement est un peu plus bruyant. J’avais également recommandé à des clients le Riad Flam&Spa, ils avaient adoré, je pense donc que vous pouvez y aller les yeux fermés.

Pour manger, évitez les riads, ils surfacturent. Le Café & Restaurant Belbacha, situé non loin de Bab Doukkala, propose un rapport qualité-prix très honnête. Du côté des pâtisseries, El Jazouli Patisse propose de bonnes pâtisseries, peut-être un peu chère, mais les pièces sont assez grosses. À compléter bien sûr avec la fameuse pâtisserie Corne de Gazelle « Chez Brahim » rendue célèbre par les réseaux sociaux — avec bien moins de monde. Et si vous restez une semaine, faites vos courses dans les supermarchés BIM présents en ville : vous trouverez l’essentiel pour dix fois moins cher qu’à la médina.


Quelques points à vérifier avant de partir

Le séisme de 2023 a endommagé plusieurs monuments, à titre d’exemple, le Palais de la Bahia et le Palais El Badii sont partiellement en cours de rénovation. Vérifiez l’état des sites avant de construire votre itinéraire pour éviter de payer l’entrée au tarif plein d’un chantier.

Pensez aussi à vérifier si votre forfait téléphonique inclut le Maroc, si non, une e-sim est la solution la plus pratique, Hola Fly proposant une option fiable (-5% avec le code VOLETIA).

Enfin, dans beaucoup de destinations méditerranéennes, l’eau du robinet n’est pas potable à Marrakech, riad ou non : achetez un pack dès votre arrivée.


Ce que Marrakech est vraiment

Je ne veux pas terminer sur une note anxiogène, parce que ce serait une image fausse de la ville. J’ai beaucoup apprécié mon séjour à Marrakech, et je ne me suis jamais senti en insécurité — honnêtement, j’ai relâché davantage ma vigilance sur les pickpockets qu’à Londres il y a peu.

À Marrakech, le risque principal n’est pas la violence ou le vol à la tire, c’est la mauvaise négociation et l’arnaque au prix. Et ces risques-là se gèrent avec deux outils simples : de l’information en amont, et du calme sur place. Le dialogue règle la grande majorité des situations, et les Marocains dans leur grande majorité ne cherchent pas le conflit: ils cherchent une transaction qui leur soit favorable, ce qui est, quelque part, parfaitement compréhensible.

L’hospitalité marocaine est authentique. Derrière les arnaques touristiques, il y a une culture d’accueil réelle — et c’est exactement pour ça que Marrakech vaut le détour.

Le Maroc est actuellement dans une phase de regain d’intérêt touristique de la part des voyageurs internationaux depuis la crise du Covid. Marrakech évolue, s’adapte et cherche à profiter de cette opportunité, c’est normal et c’est tout le bien que je souhaite aux locaux. 

Marrakech est une ville authentique que je recommande. Elle reste chargée d’histoire et porte une aura, même chez les marocains issus des villes voisines. 

Les pièges du tourisme de masse ne sont pas l’apanage des destinations exotiques — Venise en est un autre exemple parlant, avec ses propres mécanismes bien rodés. Mais à Marrakech, le jeu est différent : plus direct, plus humain, et largement évitable avec les bons réflexes.


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