Kanazawa : le Japon que Kyoto ne vous montrera plus

Quand on prépare un voyage au Japon pour la première fois, l’itinéraire s’écrit presque tout seul. Tokyo, Kyoto, Osaka. Peut-être Hiroshima, peut-être Nara. C’est ce qu’on appelle la Golden Route et elle existe pour de bonnes raisons : ces villes sont extraordinaires.

À la gare : une porte en forme de tambour de nô et un dôme de verre pensé comme une ombrelle géante, dans l’une des villes les plus pluvieuses du Japon.

Mais Kyoto a changé. Pas dans son patrimoine, qui reste intact. Dans sa densité touristique, qui atteint des niveaux qui rendent certains quartiers difficiles à vivre vraiment. Les foules devant le Fushimi Inari à 8h du matin, les rues de Gion interdites aux touristes, les temples bondés dès l’ouverture. Kyoto reste magnifique. Elle est simplement devenue très difficile à habiter pour un voyageur qui cherche à s’imprégner du Japon féodal plutôt qu’à le photographier à travers une file d’attente.

Cela ne veut pas dire qu’il faut rayer Kyoto de votre voyage : la vraie question est de savoir combien de jours lui consacrer pour en profiter sans la subir.

J’ai été à Kanazawa. Et j’y ai trouvé ce que je cherchais à Kyoto.


Ce que Kanazawa est et ce qu’elle n’est pas

Kanazawa est la capitale de la préfecture d’Ishikawa, sur la côte de la mer du Japon, à 450 kilomètres au nord-ouest de Tokyo. Environ 460 000 habitants. Une ville de taille humaine, dense en histoire, remarquablement préservée et encore relativement épargnée par le tourisme de masse que Kyoto subit depuis des années.

Elle doit cette préservation à une circonstance historique : pendant la Seconde Guerre mondiale, Kanazawa n’a pas été bombardée. Elle est l’une des rares grandes villes japonaises à avoir traversé le XXe siècle avec son tissu urbain intact. Ses quartiers historiques n’ont pas été reconstruits après la guerre, ils n’ont jamais eu besoin de l’être.

La saison la plus froide est aussi la plus savoureuse : crabe, crevette sucrée et pins sous yukitsuri.

La comparaison avec Kyoto circule souvent. Elle est flatteuse mais inexacte dans un sens : Kanazawa n’est pas une « petite Kyoto ». C’est une ville avec sa propre identité, son propre artisanat, sa propre cuisine, son propre caractère. Elle a été gouvernée pendant plus de trois siècles par le clan Maeda (l’un des plus puissants seigneurs féodaux du Japon après les Tokugawa) et cette longue période de stabilité et de richesse a produit une culture raffinée, des arts développés, et une gastronomie d’exception.

La ville est par ailleurs la capitale mondiale de la feuille d’or : elle produit à elle seule 99 % de la feuille d’or fabriquée au Japon, un artisanat qui s’invite partout: dans les temples, les laques, la vaisselle, les cookies et même dans les glaces du quartier Higashi Chaya. Ce n’est pas Kyoto. C’est Kanazawa.


Comment y aller et pourquoi c’est plus simple qu’on ne le croit

L’ouverture de la ligne Hokuriku Shinkansen a changé l’accessibilité de Kanazawa en profondeur. Depuis Tokyo, le trajet prend 2h30 avec le Kagayaki (le plus rapide, places réservées uniquement) ou un peu plus avec le Hakutaka. 

Depuis Kyoto, le trajet se fait en correspondance : Thunderbird Express jusqu’à Tsuruga (environ 45 minutes depuis Kyoto), puis Hokuriku Shinkansen jusqu’à Kanazawa (environ 1 heure). Comptez 2 heures au total pour environ 7 720 yens. Ce trajet est couvert par le JR Pass, et si vous hésitez encore à l’acheter, savoir s’il est rentable sur votre itinéraire vous fera gagner du temps et probablement de l’argent.

Kanazawa s’intègre donc parfaitement dans un itinéraire classique Japan. Elle n’est pas un détour, elle est une étape logique entre Tokyo et Kyoto, ou un prolongement depuis Osaka. Elle se pose naturellement sur la route, à condition de la prévoir.

Combien de temps y consacrer ? Deux nuits minimum, trois idéalement. La ville se parcourt à pied ou en bus, et son échelle permet d’en voir l’essentiel sans se presser en quarante-huit heures. Mais Kanazawa récompense ceux qui ralentissent.

Le triangle Kanazawa / Shirakawa-go / Takayama

Kanazawa est aussi une excellente base pour explorer deux autres destinations qui méritent le détour.

Shirakawa-go est un village de montagne classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, célèbre pour ses maisons traditionnelles à toits de chaume très pentus (gassho-zukuri), conçus pour résister aux chutes de neige abondantes de la région. L’hiver, couvertes de neige, ces maisons constituent l’un des paysages les plus photographiés du Japon. Le site est à 1 heure en voiture de Kanazawa. Attention : Shirakawa-go est très fréquentée, notamment en hiver lors des illuminations nocturnes qui attirent des bus entiers. Le village se visite idéalement tôt le matin ou en dehors des week-ends de haute saison.

Des toits de chaume montés sans un seul clou, refaits collectivement par tout le village.

Takayama est une ville de la préfecture de Gifu, perchée dans les Alpes japonaises, dont le quartier historique (Sanmachi Suji) est l’un des mieux préservés du pays, ruelles en bois, brasseries de saké, marchés matinaux. Nettement moins saturée que Shirakawa-go, elle donne encore l’impression d’une ville vivante plutôt que d’un site figé pour touristes. Elle est à 1h40 en voiture de Kanazawa, et à une cinquantaine de minutes de Shirakawa-go.

La boule de cèdre sous les toits signale une brasserie de saké : verte pour le nouveau cru, brune quand il vieillit.

Les trois se marient parfaitement sur 4 à 5 jours avec une voiture de location. C’est le seul moyen vraiment souple de rayonner vers ces deux sites mal desservis par les transports en commun : mon guide pour louer une voiture au Japon détaille la traduction de permis, les assurances et les quelques pièges à connaître avant de prendre le volant.

L’itinéraire classique : arriver à Kanazawa en Shinkansen, louer une voiture sur place, rayonner vers Shirakawa-go et Takayama, puis rendre la voiture à Kanazawa ou à Toyama avant de reprendre le train. C’est l’un des itinéraires les plus cohérents qui soit pour découvrir le Japon profond, loin de la Golden Route, sans en sacrifier l’accessibilité.


Les quartiers historiques: l’essentiel de la ville

C’est là que Kanazawa révèle ce qu’elle a à dire.

Higashi Chaya est le plus grand et le plus connu des trois quartiers de maisons de thé (chayagai) de la ville. Il date de 1820, époque à laquelle les riches marchands et les samouraïs venaient y rencontrer les geishas, artistes formées à la danse, à la musique et à la conversation. Les bâtiments en bois à deux étages, leurs façades à claire-voie (kōshi) caractéristiques, leurs intérieurs préservés : le quartier ressemble au Japon d’il y a deux cents ans. Il y a des boutiques et des cafés, mais pas encore l’overdose touristique qui a transformé Gion à Kyoto. Le matin de bonne heure ou en fin d’après-midi, les rues sont presque désertes.

Derrière ces façades, la maison de thé Kaikarō cache un salon tapissé de feuille d’or.

Kazuemachi Chaya, à quelques minutes à pied en bordure de rivière, est le plus intime des trois quartiers. Beaucoup plus calme que Higashi Chaya, ses maisons de thé longent le canal dans une atmosphère qui n’a pas grand-chose à envier à Kyoto, avec beaucoup moins de monde.

Le plus discret des quartiers de geishas, à voir à la tombée du jour quand les lanternes s’allument.

Nagamachi est le quartier des samouraïs. Ses ruelles étroites sont bordées de murs de terre ocre (dobei) et traversées de petits canaux. Les résidences de samouraïs y sont bien conservées, certaines visitables. C’est un des rares endroits au Japon où l’on peut réellement imaginer ce à quoi ressemblait la vie d’un guerrier féodal, pas dans un musée reconstitué, mais dans les bâtiments d’origine.

L’hiver, on habille ces murs de terre de nattes de paille pour les protéger du gel.

Le Kenroku-en: l’un des trois plus grands jardins du Japon

Le Kenroku-en est classé parmi les trois jardins les plus célèbres du Japon avec le Korakuen d’Okayama et le Kairakuen de Mito. Ce n’est pas une réputation surfaite.

L’entrée coûte 320 yens par adulte. C’est l’un des sites les plus rentables du Japon.

Le jardin a été développé progressivement par le clan Maeda à partir du XVIIe siècle comme jardin privé du château adjacent. Son nom signifie littéralement « jardin aux six attributs », les six qualités qu’un jardin parfait doit posséder selon les principes de l’esthétique classique chinoise. Il couvre 11,4 hectares et offre des perspectives différentes à chaque saison : la floraison des cerisiers au printemps, les iris en juin, les feuilles dorées à l’automne, et en hiver les yukitsuri — ces cordes tendues depuis le sommet des pins pour protéger leurs branches de la neige — qui sont devenues l’image emblématique de Kanazawa.


La gastronomie, peut-être la meilleure raison d’y aller

Kanazawa est, avec Kyoto et Tokyo, l’une des villes japonaises les plus reconnues pour la qualité de sa gastronomie. Et contrairement aux deux autres, elle n’est pas encore saturée de restaurants touristiques qui diluent l’expérience.

La cuisine de Kaga, le nom historique de la région, tire sa force de la proximité de la mer du Japon et de la plaine agricole qui l’entoure. Le crabe, les crevettes ama-ebi et la sériole comptent parmi les fruits de mer les plus réputés du Japon, et Kanazawa en est l’un des principaux points d’approvisionnement.

Le marché Omicho est le cœur battant de cette gastronomie. Datant de la période féodale, il regroupe aujourd’hui plus de 170 boutiques et grossistes dans un labyrinthe de ruelles couvertes. Les étals de poissonniers s’y succèdent avec des produits débarqués le matin même. Les restaurants installés à l’étage servent des kaisendon — bols de riz surmontés de sashimis — qui comptent parmi les meilleurs du pays. Arrivez avant midi : les meilleures pièces partent vite.

Les plus beaux crabes mâles filent aussitôt vers Tokyo ; les habitants, eux, préfèrent la femelle — plus petite, moins chère, et pleine d’œufs.

Le jibu-ni est le plat emblématique de la cuisine de Kaga : un ragoût de canard ou de volaille enrobé de farine, mijoté dans un bouillon légèrement sucré avec du tofu, du navet et du cresson. C’est une cuisine de confort, dense et parfumée, servie dans les restaurants de cuisine traditionnelle de la ville.

Les sushis méritent une attention particulière à Kanazawa. La ville est directement approvisionnée par les pêcheries de la mer du Japon, et les comptoirs de sushis locaux, souvent de petites adresses de huit à douze places, proposent des poissons que vous ne trouverez pas à Tokyo ou à Osaka.

Un bol de la mer du Japon coiffé de feuille d’or : la signature gourmande de Kanazawa.

La feuille d’or est l’artisanat emblématique de Kanazawa, qui produit 99 % de la feuille d’or japonaise. Elle s’invite aussi dans la gastronomie locale, la glace à la feuille d’or dans le quartier Higashi Chaya est devenue un incontournable autant esthétique que symbolique.


Où dormir ? Mon coup de coeur

Je ne recommande pas d’hébergements en général dans mes articles. Mais pour Kanazawa, j’ai une adresse que je conseille sans réserve à tous ceux qui me demandent : Hanaakari.

C’est un petit hôtel de design wa-modern, comprenez un établissement contemporain dont chaque chambre intègre les traditions artisanales de Kaga : les couleurs de la teinture yuzen, les broderies, les motifs textiles qui ont fait la réputation de la région pendant trois siècles. Mais sa plus grande force est probablement son gérant, qui nous a offert le meilleur service dont j’ai pu bénéficier de tous les hébergements testés durant mon voyage d’un mois au Japon.

Il a reçu les Traveller Review Awards de Booking.com en 2026. C’est le type d’hébergement qui, en lui-même, fait partie de l’expérience de Kanazawa.


Quand aller à Kanazawa

Printemps (fin mars-avril) : le hanami au Kenroku-en est l’un des plus beaux du Japon, dans un cadre nettement moins saturé que Kyoto ou Tokyo. Les cerisiers du jardin et des berges des rivières font de cette période la plus photographiée de l’année.

Automne (octobre-novembre) : les érables prennent des couleurs spectaculaires dans le Kenroku-en et les quartiers historiques. La saison du crabe commence en novembre, les étals du marché Omicho s’en couvrent.

Des toits en plomb qu’une légende disait fondre en balles en cas de siège

Hiver (décembre-février) : Kanazawa reçoit des chutes de neige importantes, ce qui transforme les jardins et les quartiers historiques en décors d’une beauté rare. Les yukitsuri du Kenroku-en sont en place de novembre à mars. C’est la saison la plus tranquille et, pour certains, la plus belle.

Été (juillet-août) : chaud et humide comme dans le reste du Japon. Kanazawa en été reste très agréable comparée aux grandes métropoles, mais si vous avez le choix, le printemps et l’automne lui conviennent mieux.


Pourquoi maintenant ?

Kanazawa est connue des voyageurs aguerris, des passionnés du Japon qui reviennent pour la deuxième ou troisième fois. Elle est encore relativement épargnée par le tourisme de masse. Le quartier Higashi Chaya n’est pas encore Gion. Le marché Omicho n’est pas encore Nishiki.

Mais les choses bougent. La ligne Shinkansen Hokuriku continue de se prolonger vers l’ouest, elle atteint désormais Tsuruga, et son extension vers Osaka est en cours de planification. Plus Kanazawa devient accessible, plus elle sera visitée.

Quittez les rues principales : les ruelles à l’arrière, c’est la vieille ville presque pour soi.

Ce n’est pas une raison de ne pas y aller, c’est une raison d’y aller maintenant, pendant qu’il est encore possible de traverser Higashi Chaya à sept heures du matin sans croiser de groupes en file indienne.

Si Kanazawa vous attire, elle est loin d’être la seule raison de sauter le pas : je l’évoquais déjà parmi les arguments pour partir au Japon en 2026.


Kanazawa entre dans un itinéraire Japon naturellement, à condition de bien la positionner. Si vous préparez un voyage et que vous cherchez à sortir des sentiers battus sans renoncer à l’essentiel, c’est exactement le genre d’arbitrage que je construis avec mes clients.

Ces articles pourraient vous intéresser

Pour continuer la lecture, voici une petite sélection d’articles sélectionnés pour vous. Ils complètent ce que vous venez de lire et peuvent vous donner de nouvelles envies de voyage.

Prêt à tracer votre itinéraire,
à votre rythme ?

Je choisis Volëtia !