Vol annulé, kérosène en pénurie, conflit au Moyen-Orient : quels sont vraiment vos droits ? 

Depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz qui a suivi, le secteur aérien traverse une crise sans précédent depuis le Covid. Des milliers de vols ont été annulés, les prix du kérosène ont flambé de 84 % en quelques semaines, et les compagnies aériennes réduisent leurs programmes les unes après les autres.

Des milliers de vols ont été annulés ou réduits depuis la flambée des prix du kérosène — avec des conséquences directes sur les droits des passagers.

Si vous avez un vol réservé cet été — ou si vous avez déjà subi une annulation — vous vous posez probablement les mêmes questions que des millions d’autres voyageurs : est-ce que je serai remboursé ? Ai-je droit à une indemnisation ? Et que fait mon assurance dans tout ça ?

Les réponses ne sont pas simples. Elles dépendent de qui annule, pourquoi, depuis quel aéroport, et avec quelle compagnie. Voici ce que vous devez savoir.


Comprendre la situation : kérosène, détroit d’Ormuz et domino aérien

Pour comprendre vos droits, il faut d’abord comprendre ce qui se passe.

Environ 30 % du kérosène consommé en Europe transitait par le détroit d’Ormuz, fermé au trafic pétrolier depuis le 4 mars 2026. Les stocks européens couvrent actuellement un peu plus d’un mois de consommation selon l’IATA ( International Air Transport Association) — et la demande estivale va venir s’y ajouter précisément au moment où les réserves risquent d’atteindre leur niveau le plus bas.

La fermeture du détroit d’Ormuz a interrompu environ 30 % des approvisionnements en kérosène de l’Europe — déclenchant une crise sans précédent pour le secteur aérien.

Le résultat est déjà visible. Le prix du kérosène en Europe du Nord-Ouest est passé de 830 $/tonne à 1 528 $/tonne en quelques semaines. Les compagnies qui n’avaient pas de contrats de couverture carburant (hedging) sont les plus exposées. SAS a annulé environ 1 000 vols en avril faute de couverture. Volotea a supprimé des liaisons Corse-continent. Lufthansa a retiré jusqu’à 20 000 vols court-courriers de son programme. Transavia a annoncé l’annulation de moins de 2 % de son programme mai-juin. Ryanair, dont le CEO a déclaré se sentir « confiant pour mai mais incertain pour juin », envisage de couper jusqu’à 10 % de ses rotations.

Parallèlement, les espaces aériens de plusieurs pays du Moyen-Orient restent fermés ou perturbés, impactant directement les vols vers ou depuis la région, mais aussi les longs-courriers qui transitaient par ces hubs — notamment les liaisons vers l’Asie.

SAS, Volotea, Lufthansa, Ryanair : les annulations en cascade ont touché la quasi-totalité des grandes compagnies européennes depuis le début de la crise.

Deux types de situations se superposent donc : les annulations liées à la fermeture des espaces aériens (conflit), et les annulations liées à la pénurie de carburant (kérosène). Vos droits ne sont pas exactement les mêmes dans les deux cas.


Le règlement européen CE 261/2004 : votre bouclier, mais avec des limites

Le règlement CE n° 261/2004 est le texte de référence pour les droits des passagers aériens en Europe. Il prévoit des obligations claires en cas d’annulation ou de retard de vol.

Qui est protégé ?

Le règlement s’applique dans deux situations :

  • Vous volez avec une compagnie européenne, quel que soit l’aéroport de départ ou d’arrivée.
  • Vous volez avec une compagnie non européenne (Emirates, Qatar Airways, Turkish Airlines…), mais depuis un aéroport de l’Union Européenne.

Si vous rentrez depuis Dubaï avec une compagnie du Golfe, vous n’êtes plus sous la protection du règlement européen. Dans ce cas, c’est la Convention de Montréal qui s’applique mais sans rentrer dans les détails elle est moins contraignante sur l’assistance aux passagers.

Le règlement CE 261/2004, adopté par l’Union européenne, constitue le principal bouclier juridique des passagers aériens en cas d’annulation.

Ce à quoi vous avez droit en cas d’annulation

Quand votre vol est annulé, le règlement prévoit deux types de droits, qu’il faut bien distinguer.

Le remboursement ou le réacheminement : quelle que soit la cause de l’annulation, vous pouvez choisir entre le remboursement intégral du billet dans un délai de 7 jours, ou un réacheminement vers votre destination finale dans des conditions comparables. Ce droit est absolu — il s’applique même en cas de conflit armé ou de circonstance extraordinaire.

L’assistance : en attendant le réacheminement, la compagnie doit vous fournir gratuitement des repas et des boissons, un moyen de communication, et si nécessaire un hébergement ainsi que le transport jusqu’à l’hôtel.

L’indemnisation forfaitaire : c’est là que les choses se compliquent. Cette indemnisation — qui va de 250 € à 600 € selon la distance du vol — ne s’applique pas en cas de circonstances extraordinaires. Et c’est précisément là que se situe le point de friction actuel.

Assistance à bord, repas, hébergement : en cas d’annulation, l’obligation d’assistance de la compagnie s’applique quelle que soit la cause de l’annulation.

Conflit armé et pénurie de kérosène : Bruxelles a tranché

Pendant plusieurs semaines, cette question est restée en suspens. Les compagnies aériennes s’engouffraient dans la brèche en invoquant la « circonstance extraordinaire » pour échapper à l’indemnisation forfaitaire. Le 7 mai 2026, la Commission européenne a mis fin au débat dans une communication officielle publiée au Journal Officiel de l’UE, suivie d’une interview du commissaire aux transports Apostolos Tzitzikostas dans le Financial Times.

La position est sans ambiguïté : la hausse du prix du kérosène n’est pas une circonstance extraordinaire.

La Commission européenne a tranché : la hausse du prix du kérosène n’est pas une circonstance extraordinaire. Les compagnies restent tenues à l’indemnisation.

La distinction que Bruxelles impose désormais

La Commission établit une frontière nette entre deux situations qui n’ont pas les mêmes conséquences juridiques.

La pénurie physique locale de carburant — situation dans laquelle un appareil ne peut matériellement pas décoller faute de kérosène disponible dans un aéroport donné — peut constituer une circonstance extraordinaire. Dans ce cas, la compagnie est exonérée de l’indemnisation forfaitaire, mais reste tenue de rembourser le billet et d’assurer l’assistance.

La hausse du prix du carburant, en revanche, ne relève pas de l’extraordinaire. La compagnie peut toujours s’approvisionner — le vol est techniquement réalisable. Annuler pour préserver sa marge n’est pas une circonstance extraordinaire : c’est un choix économique. Et un choix économique ne prive pas les passagers de leurs droits.

Billet, passeport, droits : ce que vous avez acheté inclut des protections que la compagnie ne peut pas vous retirer unilatéralement.

Le commissaire Tzitzikostas l’a formulé clairement : la volatilité du prix du carburant est un risque inhérent à l’activité aérienne, que les compagnies sont censées anticiper — notamment via des contrats de couverture (hedging). Ce risque ne peut pas être transféré aux passagers sous forme de droits supprimés.

Ce que ça change concrètement pour vous

Si votre vol a été annulé pour des raisons économiques liées au prix du kérosène, et que l’annulation est intervenue moins de 14 jours avant le départ, vous avez droit à l’indemnisation forfaitaire : 250 € pour les vols de moins de 1 500 km, 400 € jusqu’à 3 500 km, 600 € au-delà.

Ajoutez à cela le remboursement intégral du billet ou le réacheminement, plus l’assistance à l’aéroport (repas, hébergement si nécessaire, transport).

Une précision importante : Bruxelles interdit également aux compagnies d’augmenter le prix d’un billet après l’achat pour y ajouter un supplément carburant. Si vous avez reçu ce type de demande, elle est illégale.

Pour les annulations liées au conflit (fermeture d’espace aérien)

Espace aérien fermé pour raisons de sécurité : la seule annulation où la compagnie a les mains liées.

La fermeture d’un espace aérien pour raisons de sécurité reste, elle, une circonstance extraordinaire reconnue. La compagnie n’a objectivement pas le choix. Dans ce cas : remboursement intégral garanti sous 7 jours et assistance, mais pas d’indemnisation forfaitaire.

Le mot de Bruxelles sur la situation actuelle

La Commission précise que « la situation générale reste stable et qu’à ce stade, il n’existe aucune preuve concrète de pénuries physiques de carburant » dans les aéroports européens — ce qui signifie que la grande majorité des annulations actuelles relèvent de la hausse des prix, pas d’une impossibilité physique d’opérer. Les voyageurs sont donc bien en position de réclamer leur indemnisation.

Le droit européen est clair — mais les recours judiciaires restent parfois nécessaires pour le faire appliquer face aux compagnies récalcitrantes.

En pratique, les compagnies risquent de se montrer réticentes. Des contentieux sont à prévoir, et des décisions judiciaires seront probablement nécessaires pour asseoir la jurisprudence. Mais le droit semble clairement du côté des passagers.


La règle la plus importante : ne jamais annuler soi-même en premier

C’est l’erreur que font le plus de voyageurs, et elle peut vous coûter cher.

Si vous annulez votre billet vous-même avant que la compagnie ne confirme l’annulation du vol, vous perdez vos droits au remboursement automatique. La compagnie peut alors considérer que vous avez renoncé à voyager de votre propre chef — et appliquer les conditions tarifaires de votre billet, qui peut être non remboursable.

La règle est simple : attendez que la compagnie annule. Même si la situation semble compromise, même si vous avez peur que votre vol ne parte pas. Tant que le vol n’est pas officiellement annulé par la compagnie, ne touchez à rien.

Si votre vol est maintenu mais que vous refusez d’embarquer — parce que vous estimez la zone de conflit trop dangereuse — vous n’avez légalement aucun droit au remboursement, sauf si votre billet est remboursable ou si votre assurance couvre ce cas précis.

Vol annulé : vous avez droit au remboursement intégral sous 7 jours, au réacheminement, et dans la plupart des cas à une indemnisation forfaitaire.

Un autre cas particulier à connaître : si c’est votre vol retour qui est annulé, ne demandez pas le remboursement du billet. Choisissez le réacheminement. En acceptant le remboursement, vous soldez le contrat avec la compagnie — qui n’a plus aucune obligation de vous faire rentrer. Vous vous retrouvez bloqué à l’étranger, contraint d’acheter un nouveau billet au prix qu’elle aura décidé, dans un contexte de forte demande. 

À  l’inverse, ne prenez pas un bon d’achat si vous préférez être remboursé. La compagnie doit vous laisser le choix et ne peut pas vous imposer un avoir à la place d’un remboursement en espèces. Exigez le remboursement si c’est ce que vous souhaitez.


Ce que couvre (ou ne couvre pas) votre assurance dans ce contexte

Votre assurance voyage peut jouer un rôle complémentaire important — à condition de comprendre ses limites dans ce type de situation.

Une assurance souscrite après le déclenchement d’un conflit ne couvre pas les risques liés à ce conflit — le principe de l’aléa s’applique sans exception.

La règle d’or : l’aléa disparu

Comme évoqué dans mon guide sur l’assurance voyage, l’assurance repose sur le principe de l’aléa. Un événement déjà connu, déjà médiatisé, n’est plus aléatoire — il ne peut donc plus être assuré.

Toute assurance annulation souscrite après le déclenchement du conflit (fin février 2026) n’offrira aucune couverture pour les risques liés à ce conflit. La seule exception : les contrats « toutes causes » ou « annulation pour n’importe quel motif », souscrits avant que la situation ne soit médiatisée.

Les garanties qui peuvent jouer

Si vous avez souscrit votre assurance avant le conflit, certaines garanties peuvent être activées :

Interruption de séjour ou retard de transport : si vous êtes bloqué sur place avec des frais d’hébergement supplémentaires ou des dépenses imprévues, votre assurance peut les couvrir partiellement — à condition de déclarer le sinistre avant d’engager ces dépenses, et de conserver tous vos justificatifs (à voir selon les contrats et assureurs).

Garantie annulation « toutes causes » : si vous l’avez souscrite avant le conflit, elle peut couvrir votre renonciation au voyage même si le vol est maintenu par la compagnie. Lisez attentivement les conditions — les plafonds de remboursement sont souvent limités à 75 % du montant du voyage.

De manière générale, en cas de doute, posez toutes les questions qui vous semblent pertinentes à votre assureur et assurez-vous de bien comprendre les couvertures AVANT de souscrire au contrat.

Ce qui est presque systématiquement exclu

Les actes de guerre et les conflits armés figurent parmi les exclusions les plus courantes dans les contrats d’assurance standard. Si votre contrat contient une clause « guerre et terrorisme », vérifiez précisément ce qu’elle exclut — ce périmètre peut être plus large que vous ne l’imaginez.

Réflexe à avoir en cas de blocage

Si vous vous retrouvez bloqué à l’étranger, appelez votre assistance avant d’engager toute dépense. Ne payez pas un hôtel supplémentaire ou un billet de remplacement sans avoir contacté votre assureur — sous peine de perdre le bénéfice du remboursement.


Checklist pratique : que faire si votre vol est annulé ou menacé

Si votre vol n’est pas encore annulé :

  • Ne l’annulez pas vous-même — attendez la décision de la compagnie
  • Vérifiez régulièrement le statut du vol sur le site de la compagnie
  • Consultez les recommandations du Ministère des Affaires Étrangères pour votre destination
  • Si vous n’êtes pas encore parti, inscrivez-vous sur le service Ariane du MAE

Si votre vol vient d’être annulé :

  • Ne prenez pas un bon d’achat si vous préférez un remboursement — exigez le virement
  • Demandez un réacheminement
  • Conservez tous vos justificatifs de frais supplémentaires (hôtel, repas, transport)
  • Appelez votre assistance assurance avant d’engager ces frais

Si vous êtes bloqué sur place :

  • Signalez-vous sur Ariane si ce n’est pas encore fait
  • Contactez immédiatement votre assistance
  • Déclarez le sinistre auprès de votre assureur avant toute dépense supplémentaire
  • Gardez toutes vos factures

Si la compagnie refuse de rembourser :

  • Envoyez une réclamation écrite en recommandé
  • Saisissez la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) ou le médiateur du tourisme
  • Des recours collectifs commencent à émerger dans certains pays — renseignez-vous auprès d’associations de consommateurs

Ce qu’il faut retenir

La situation actuelle est inédite dans sa combinaison de facteurs — conflit armé, fermeture d’espace aérien stratégique, pénurie de carburant, hausse brutale des prix — et le cadre juridique est en train de s’adapter en temps réel.

Ce qui ne change pas, quelle que soit la situation :

  • Votre billet vous sera remboursé si la compagnie annule — c’est un droit absolu
  • Ne jamais annuler soi-même en premier
  • Une assurance souscrite après le conflit ne couvrira pas les risques liés à ce conflit
  • En cas de blocage, contacter l’assistance avant d’engager des frais

Pour tout ce qui relève des recours en cas de refus ou de litige avec une compagnie, les associations de consommateurs et les avocats spécialisés en droit du transport aérien restent les interlocuteurs les plus adaptés.


Je suis Pierre, travel planner indépendant et fondateur de Volëtia. Un voyage qui se complique, ça s’anticipe — et c’est exactement pour ça que je suis là. Un projet voyage ? Contactez-moi ici !

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