Lisbonne : pourquoi cette capitale coche toutes les cases et reste pourtant sous-cotée 

J’y suis allé en avril. Sans attente particulière, avec juste l’idée de découvrir une ville dont tout le monde parle en bien depuis quelques années sans que je prenne jamais vraiment le temps de m’y intéresser sérieusement.

5 jours plus tard, je repartais avec une liste de raisons d’y retourner plutôt qu’une liste de regrets. 

Lisbonne répond à peu près à tous les critères qu’un voyageur peut avoir : proche, accessible financièrement, ensoleillée à peu près n’importe quand, dense en choses à voir et à faire, sûre, et humaine dans sa taille. Ce n’est pas une tendance, ce sont des caractéristiques permanentes. Et pourtant, elle arrive rarement en premier quand les gens pensent à leurs prochaines vacances européennes. C’est ça, être sous-cotée.


Tout commence par l’accessibilité — au sens propre

Avant même de parler de la ville, parlons de ce qui vous en sépare.

Depuis la France, Lisbonne est à deux heures d’avion. Bordeaux, Paris, Lyon, Nantes, Toulouse : la plupart des grandes villes françaises ont des liaisons directes, souvent opérées par Ryanair, TAP, easyJet ou Transavia. Un aller-retour en vol direct se trouve régulièrement sous la barre des 100€ en anticipant. Ce n’est pas une destination qui vous coûte une fortune avant même d’avoir posé le pied au Portugal.

C’est un détail qui paraît évident, mais qui change tout dans le rapport au voyage. Lisbonne, c’est moins de trajet que beaucoup de destinations françaises sur lesquelles vous avez peut-être déjà passé des heures de train.


Ce que la ville fait différemment des autres capitales

Lisbonne est une capitale de 500 000 habitants soit à peu près la taille de Lyon. C’est petit pour une capitale européenne, et ça change tout dans la façon dont on vit la ville : le centre historique se parcourt entièrement à pied, les quartiers ont chacun leur identité propre sans être interminables, et il n’y a pas ce sentiment d’écrasement qu’on peut ressentir à Paris, Londres ou Rome.

La ville est construite sur sept collines, ce qui lui donne une géographie verticale très particulière. Cette topographie a une conséquence directe pour le voyageur : à chaque montée, un miradouro (un belvédère) surgit, offrant des panoramas sur les toits, le Tage et les collines d’en face. Ces points de vue sont gratuits, accessibles à pied, et il y en a des dizaines répartis dans toute la ville. Ce n’est pas un spot touristique unique qu’il faut cocher : c’est une expérience continue, disponible à n’importe quelle heure.

Le Tage lui-même mérite d’être mentionné. L’estuaire fait ici jusqu’à 14 kilomètres de large, c’est presque une mer intérieure. Lisbonne est donc à la fois une ville de fleuve et une ville atlantique, à 30 kilomètres seulement de l’océan. Cela se sent dans l’air, dans la lumière et dans la culture locale : une ville qui a toujours regardé vers le large, dont les Grandes Découvertes du XVe et XVIe siècle ont littéralement redessiné la carte du monde.

Enfin, côté météo, les chiffres parlent d’eux-mêmes : Lisbonne est la capitale d’Europe occidentale qui bénéficie du plus grand nombre d’heures d’ensoleillement par an: environ 2 800 heures, contre 1 800 à Paris. Même en hiver, les températures restent douces, rarement inférieures à 10 °C. C’est une destination qui fonctionne à peu près toute l’année, ce qui est rare pour une capitale européenne.


L’argument financier honnête

Lisbonne a changé. Il faut le dire clairement : ce n’est plus la ville ultrabon marché d’il y a dix ans. Le tourisme massif et la spéculation immobilière ont poussé les prix des hébergements à la hausse, et dans certains quartiers très touristiques, les restaurants ont suivi.

Cela dit, comparée à Paris, Rome, Amsterdam ou Barcelone, Lisbonne reste significativement moins chère. Les restaurants en dehors des zones les plus touristiques pratiquent des prix très raisonnables, comptez 10 à 15 € par personne pour un repas complet dans une tasca de quartier. Les transports en commun sont bon marché et efficaces. Les loisirs et activités culturelles coûtent en moyenne 20 % moins cher qu’en France.

Un voyageur avec un budget milieu de gamme peut s’en sortir avec 80 à 120 € par jour sur place (hors hébergement et vols) en mangeant bien, en prenant les transports, et en visitant les monuments. C’est un budget qui, à Paris ou à Barcelone, vous offrirait une expérience nettement moins généreuse.


Ce qu’il y a à voir et à faire — les essentiels

Alfama est le quartier que vous retenez de Lisbonne. C’est le plus ancien de la ville, miraculeusement épargné par le tremblement de terre de 1755 qui a rasé une grande partie de la capitale. Un labyrinthe médiéval de ruelles pavées, de maisons aux volets délavés, de géraniums aux fenêtres et de miradouros surgissant au détour d’une montée. C’est ici que le fado est né et c’est ici qu’il vit encore, dans des petits bars où des voix entières semblent porter le poids d’un pays entier. Si vous y allez, le panorama qu’offre le parc du château Saint-George au couché du soleil est probablement l’une des plus belles choses que vous verrez. 

Belém est un autre monde, à vingt minutes du centre. C’est le quartier des Grandes Découvertes, face au Tage qui s’ouvre ici sur l’Atlantique. Le Monastère des Hiéronymites est un chef-d’œuvre de l’architecture manuéline une dentelle de pierre qu’aucune photo ne restitue vraiment. La Tour de Belém, symbole iconique de la ville, se visite mais se contemple autant de l’extérieur. Et juste à côté, chez Pastéis de Belém, vous pourrez goûter le Pastel de Nata considéré par beaucoup comme le meilleur du monde : tiède, légèrement caramélisé, avec une pâte feuilletée qui s’effrite sur la langue. La file d’attente vaut le coup, bien qu’un second comptoir ait pu être installé il y a quelque temps.

Le Chiado et le Bairro Alto constituent le cœur vivant de la ville. Le Chiado pour ses librairies historiques (Livraria Bertrand, la plus vieille librairie du monde en activité), ses cafés, sa statue de Fernando Pessoa en terrasse au café A Brasileira. Le Bairro Alto pour sa vie de quartier le jour, ses bars et restaurants le soir. Une ginja (liqueur de cerise) dans un bar minuscule, des petiscos (tapas portugaises) sur une table en plastique, une conversation avec le serveur qui parle un peu français (Priceless !)

Le tram 28 mérite une mention à part. Pas comme attraction touristique mais comme moyen de transport qui traverse la ville et vous donne en vingt minutes une vision d’ensemble de ses quartiers, de ses pentes, de sa vie quotidienne. Prenez-le tôt le matin pour éviter la foule.

La mer et la côte souvent oubliées, pourtant à portée. Cascais et Estoril se rejoignent en train en quarante minutes depuis la gare de Cais do Sodré. Des plages de sable blanc, des villas Belle Époque, l’Atlantique à perte de vue. En avril, il faisait déjà largement assez chaud pour s’y promener. En juillet, on se baigne. Lisbonne figure par ailleurs régulièrement parmi les capitales européennes les plus sûres, on s’y balade de nuit sans appréhension, même dans les quartiers les plus animés.

Sur la période : le printemps et l’automne sont les meilleures saisons. En avril, il fait entre 18 et 24 °C, les terrasses sont ouvertes, et la ville n’est pas encore saturée de touristes estivaux. Si vous pouvez éviter juillet et août, faites-le. Pas parce que c’est mauvais, mais parce que le reste de l’année y est nettement plus agréable.


Un aparté sur Sintra

Prenez un jour, un seul, et allez à Sintra. Le train depuis la gare de Rossio met quarante minutes et dessert directement le centre du village. Ce que vous y trouvez n’a rien à voir avec le reste du Portugal ni avec grand-chose d’autre en Europe. Des palais extravagants perchés dans une forêt de brume, des jardins labyrinthiques, une lumière de conte. Le Palais de Pena avec ses couleurs vives qui tranchent sur le vert des arbres, la Quinta da Regaleira et ses puits initiatiques à descendre spirale après spirale. Réservez vos billets en ligne à l’avance, les sites sont limités en entrées et partent vite en haute saison. Arrivez tôt. Et prévoyez de (beaucoup) marcher !


Pourquoi elle reste sous-cotée

C’est la question qui me reste en tête depuis que j’en suis revenu.

Lisbonne n’est pas secrète. Elle n’est pas inconnue. Elle coche pourtant toutes les cases que les voyageurs cherchent : proximité, budget maîtrisé, météo fiable, richesse culturelle, sécurité, accueil. Ce sont des atouts permanents, pas des effets de mode.

Et pourtant, dans les conversations, elle arrive rarement en premier. Les gens pensent à Rome, à Barcelone, à Amsterdam et à Lisbonne ensuite, avec cette petite hésitation, comme si elle était une option respectable mais pas le choix évident.

Je pense que le problème est là : Lisbonne n’a pas un monument unique, ultra-mondialement connu, capable de cristalliser l’imaginaire collectif comme la Tour Eiffel ou le Colisée (Bien sûr, le tour de Belem existe mais pour beaucoup elle n’a pas la même aura). Lisbonne est une somme de quartiers, de lumières, de saveurs, d’ambiances. Ce type de ville se comprend en marchant dedans, pas en regardant une photo.

Ce n’est pas une destination qui sera « à la mode » un jour et oubliée le lendemain. C’est une destination qui mérite sa place dans la liste de toute personne qui cherche une escapade européenne bien construite. Ceux qui y sont allés le savent déjà. Les autres ont cette découverte devant eux.


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